Au-delà des deals : ce qui fait la valeur d’un club d’investisseurs.

Découvrez le témoignage d’André Louit, Moon Rider et ancien directeur financier dans le secteur du luxe, qui partage sa vision de l’investissement et de la richesse d’une communauté d’investisseurs.

Lorsqu’on évalue un club d’investisseurs, le premier réflexe consiste naturellement à regarder les opportunités proposées.

Quels dossiers ? Quels secteurs ? Quelle sélection ? Quelles performances ?

Pour André Louit, Moon Rider et ancien directeur financier dans le secteur du luxe, ces questions sont essentielles. Mais elles ne racontent qu’une partie de l’histoire.

Après plusieurs années au sein de The Moon Venture et quatorze investissements réalisés, il distingue deux dimensions dans le modèle : une dimension verticale, fondée sur la sélection des startups, et une dimension horizontale, constituée par la communauté des investisseurs.

Et c’est peut-être dans la rencontre entre les deux que se trouve la véritable valeur d’un club.

Investir sans s’enfermer dans une thèse

L’un des premiers éléments qui a convaincu André de rejoindre The Moon Venture est son approche agnostique.

Plutôt que de concentrer les investissements autour d’un seul secteur ou d’une thèse très restrictive, le modèle lui donne accès à des entreprises évoluant dans des univers très différents.

Cette diversité correspond à ce qu’il recherchait.

Son portefeuille rassemble aujourd’hui quatorze participations avec relativement peu de sociétés « sœurs » entre elles.

Pour quelqu’un qui découvre le venture après une carrière dans de grands groupes, cette diversité représente aussi une source permanente d’apprentissage.

Chaque investissement ouvre une fenêtre sur un nouvel univers.

La confiance commence par la sélection

Mais proposer des entreprises différentes ne suffit évidemment pas.

Pour André, la deuxième condition est la rigueur de la sélection.

Plusieurs centaines de dossiers sont étudiés chaque année pour aboutir à un nombre limité d’opportunités présentées aux investisseurs.

Ce filtre constitue une première source de confiance.

Une autre est la capacité à ne pas investir.

Au cours de son expérience de Moon Rider, André a notamment observé des dossiers jugés intéressants sur le plan entrepreneurial mais finalement écartés lorsque les conditions proposées ne protégeaient pas suffisamment les investisseurs.

Cette discipline compte particulièrement pour un ancien directeur financier.

Le risque fait partie du venture. Mais prendre un risque ne signifie pas accepter n’importe quelles conditions.

La deuxième richesse : les adhérents eux-mêmes

À côté de cette dimension « verticale » — sourcing, analyse, sélection, investissement — André en identifie une seconde.

La communauté.

The Moon Venture rassemble environ 160 adhérents issus d’univers professionnels variés : entrepreneurs, dirigeants, financiers, experts sectoriels ou anciens fondateurs.

Pour André, cette diversité constitue une richesse considérable.

Il parle même d’une « mine partiellement exploitée ».

Les réunions d’investissement, les Startup Castle et les différents événements permettent déjà aux membres de se rencontrer et d’échanger.

Mais la question qu’il pose va plus loin : comment mieux faire circuler les connaissances et les expériences présentes dans cette communauté ?

Transformer un réseau en véritable actif

Un investisseur peut connaître intimement un secteur. Un autre avoir développé une entreprise à l’international. Un troisième maîtriser les enjeux commerciaux, financiers ou industriels auxquels une startup du portefeuille commence justement à être confrontée.

Pris individuellement, ces savoirs sont intéressants.

Connectés les uns aux autres, ils peuvent devenir un véritable actif collectif.

La valeur d’une communauté d’investisseurs dépend donc aussi de sa capacité à identifier ces expertises, à faciliter les rencontres pertinentes et à créer des occasions régulières de partage.

L’animation et la communication ne sont alors plus simplement des sujets événementiels.

Elles deviennent une composante de l’expérience d’investissement.

De l’investisseur au membre d’une communauté

Cette dimension modifie également la relation de l’investisseur à son portefeuille.

Dans une approche strictement financière, celui-ci apporte du capital et attend un résultat.

Dans une communauté, il peut aussi apprendre, transmettre son expérience, challenger une réflexion, ouvrir son réseau ou simplement échanger avec des personnes confrontées aux mêmes questions.

C’est cette dimension qu’André considère comme encore largement développable.

Elle permet aussi de donner du sens au temps long du venture.

Car entre l’investissement initial et une sortie éventuelle, cinq ou dix années peuvent s’écouler.

La communauté donne une valeur à cet entre-deux.

Au-delà de la performance financière

Cette réflexion rejoint finalement la manière dont André définit sa propre expérience d’investisseur.

La performance financière reste naturellement importante. Mais elle ne constitue pas l’unique critère permettant de juger ces années d’investissement.

Les rencontres, les connaissances acquises, les entrepreneurs découverts et les échanges entre pairs comptent également.

Un bon club d’investisseurs ne se résume donc peut-être pas au nombre de deals proposés ou aux performances affichées.

Sa valeur repose aussi sur sa capacité à sélectionner avec discipline, à créer de la confiance et à transformer une collection d’investisseurs en véritable communauté.

Et sur ce dernier point, André en est convaincu : il reste encore beaucoup à explorer.