Interview de Samya de CAARL : rendre le juridique accessible aux TPE 

Chez The Moon Venture, nous vous faisons rentrer dans les coulisses de l’entrepreneuriat en interviewant les fondateurs et fondatrices des startups dans lesquelles nous avons investi et que nous accompagnons au quotidien.

Pour cette interview, nous avons échangé avec Samya, fondatrice de Caarl, qui revient sur la création de Caarl et son ambition de rendre le juridique plus accessible aux TPE.

Samya, comment présenterais-tu Caarl aujourd’hui ?

On propose des services juridiques qu’on va pouvoir intégrer chez des partenaires pour que leurs propres clients aient accès à un accompagnement juridique complet.

Et vous ciblez quels types de partenaires ?

On vise principalement l’écosystème autour des TPE. Ça va être des plateformes de facturation, des banques, des néobanques, des syndicats professionnels, des franchises. En fait tout l’écosystème qui gravite autour de la TPE. On travaille aujourd’hui avec plus de 60 partenaires distributeurs.

Comment est née l’idée de Caarl ?

J’étais avocate avant de créer Caarl. Et en tant qu’avocate, il ne se passait pas une semaine sans que des petites entreprises me sollicitent pour des CGV, des questions juridiques simples ou du recouvrement de petites factures.

Je me suis rendu compte que je n’étais pas forcément la bonne personne pour répondre à ces besoins, notamment parce qu’un avocat coûte cher pour des petites structures.

Je voyais surtout des entreprises démunies face à ces problématiques très concrètes du quotidien. Et c’est comme ça qu’est née l’idée de Caarl : accompagner ces petites entreprises dans leur quotidien juridique.

Est-ce que tu as eu peur de franchir le pas vers l’entrepreneuriat ?

Je pense que pour entreprendre, il ne faut pas avoir trop peur. Donc non, je n’ai pas eu peur.

Mais avec le recul, je pense que j’ai fait beaucoup d’erreurs au début justement parce que je n’avais pas peur. J’ai avancé, et quand une difficulté se présentait, je la gérais, mais pas toujours de la bonne manière immédiatement.

Avec le recul, je pense même que je n’avais peut-être pas assez peur !

Quelle a été la principale difficulté au démarrage ?

La principale difficulté, c’est que quand on est avocat, on n’apprend pas à vendre. Au contraire, on nous apprend même à ne pas vendre.

On m’avait dit qu’avec le temps, le bouche-à-oreille ferait le reste. Mais en réalité, si tu n’as pas de clients, rien ne fonctionne.

Donc j’ai dû complètement changer de posture : lâcher le produit, le marketing, et apprendre à vendre.

Comment tu t’es formée à ça ?

Je me suis formée, et je continue de me former.

Au début, j’ai été accompagnée par un réseau de coachs professionnels. Ils m’ont appris à structurer mes premiers rendez-vous, à bien les mener et à closer.

Aujourd’hui, c’est un apprentissage continu, notamment sur les techniques de vente et la relation client.

Quel est ton plus grand succès aujourd’hui ?

C’est difficile d’en choisir un seul.

Mais il y a un canal Slack où on voit tous les retours clients.

Et ce sont souvent des messages très simples : des personnes qui disent qu’elles étaient perdues, qu’elles ne savaient pas où trouver une solution, et que ça les a vraiment aidées.

C’est peut-être cliché, mais c’est ça qui est important : voir que le produit est utile, que tu as un impact fort.

Quelles sont les valeurs importantes pour toi dans Caarl ?

J’ai toujours quatre principales valeurs en tête : 

  • L’utilité : ne pas créer un produit qui n’est pas utilisé.
  • La transparence, notamment avec nos partenaires.
  • L’audace : créer des choses qui n’existent pas encore.
  • Et l’optimisme : avancer avec une énergie positive.

Qu’est-ce qui a changé depuis les débuts ?

Au début, j’ai douté. Je me suis demandé si ce projet allait fonctionner.

Aujourd’hui, quand je vois les clients, l’usage, la demande entrante et la fidélité, je vois qu’on a un impact réel. 

J’ai l’impression qu’on peut tout faire maintenant, ce sentiment qu’on est inarrêtable en tant qu’entrepreneur mais je pense qu’il faut toujours un optimiste à la barre et un pessimisme dans la soute, tu vois. Quand tu tires la barre, c’est quand même bien de te dire que tu peux tout faire, tu as ton côté rationnel et ton côté hyper optimiste. 

Quel a été un moment clé avec The Moon Venture ?

L’entrée de The Moon Venture en 2023 a été hyper importante, je pense qu’on ne serait pas là aujourd’hui sans votre entrée au capital.

On savait qu’on allait être challengés, et c’est exactement ce qu’on recherchait.

Il y a eu un moment où la direction du projet a été questionnée, et The Moon Venture nous a permis de renforcer l’équipe dirigeante avec le profil très complémentaire d’Alexandre.

Est-ce que la gouvernance a changé votre manière de travailler ?

Oui, clairement.

Le simple fait d’avoir des comptes à rendre change la manière de prendre des décisions.

On structure davantage, on anticipe plus, et on réfléchit aussi à la manière dont on va expliquer nos choix.

Quel impact le board a eu sur votre stratégie ?

Un sujet important a été de savoir si on devait rester centré sur le juridique des TPE ou élargir aux décisions plus globales des entreprises.

On a choisi de tester plutôt que de théoriser, c’est le marché qui va répondre. On avance par expérimentation. C’est vachement bien de se dire qu’on est accompagné par des gens qui croient en nous et qui soutiennent nos projets.

Comment décrirais-tu la relation avec The Moon Venture aujourd’hui ?

J’ai l’impression qu’on est dans une aventure collective. Il y a des événements organisés tous les ans avec les fondateurs de la communauté, même si on ne se parle pas tous les jours, il y a un vrai lien. 

Ça permet de sortir un peu de l’isolement de l’entrepreneuriat. Ce sont aussi des moments où l’on se partage des supers tips, des outils, des réflexions, tu es aussi challengé dans ta manière de penser. 

Tu te rends compte qu’il y a des gens qui traversent de vraies difficultés, qui ont parfois vécu des moments très hauts puis des périodes plus compliquées. Le fait de pouvoir échanger avec transparence là-dessus, c’est hyper précieux.

On partage souvent des problématiques similaires entre fondateurs, parfois totalement différentes aussi, mais ça permet énormément d’apprendre les uns des autres.

Le fait qu’il y ait à la fois cette communauté de fondateurs et aussi des investisseurs avec des expertises spécifiques qu’on peut aller solliciter, ça apporte beaucoup au quotidien.

Je pense que si le fonds avait été structuré différemment, on ne l’aurait pas vécu de la même manière. Là, on a vraiment l’impression d’être embarqués dans une aventure collective.

C’est drôle parce qu’au final, certains entrepreneurs qu’on ne voit que quelques fois par an ont quand même l’impression de faire partie de ton aventure.

Et il y a énormément de synergies qui se créent naturellement entre les startups : des mises en relation, des demandes de services, des échanges de bonnes pratiques…

Quels chiffres te rendent particulièrement fière ?

On est rentables depuis un an.

Depuis 2023, on est passés de 100 000 à plus de 375 000 TPE qui ont accès à nos services.

Et chez certains partenaires, on atteint jusqu’à 40 % d’usage, contre 3 à 4 % auparavant. Ce qui est le plus marquant, c’est l’adoption réelle du produit.

Un outil IA qui te fait gagner du temps aujourd’hui ?

J’utilise des outils combinés d’enregistrement, de transcription et d’automatisation.

Ça me permet d’enchaîner les rendez-vous et de générer des comptes rendus très rapidement !